Godford

SAMEDI 04 JUIN

La nostalgie du présent. Tout comme les œuvres chargées en émotion d’artistes contemporains tels que Bob Moses et Jamie XX, la musique de Godford évoque la romance des longues nuits, des dernières nuits, et la mémoire de ce qui précède. Son premier album A Non Binary Place capture l’intense complexité de ce sentiment, celui à partir duquel la vie ne sera plus jamais la même. Un endroit en dehors du temps, et l’opportunité de le revisiter seulement en appuyant sur play.

ANBP est un album empreint de la nostalgie d’un passé qu’aucun de nous ne pourra plus jamais revivre. A une époque où des termes comme « influencer » ou « réalité » s’entremêlent dans une multiplicité de sens, la musique de Godford nous ramène vers une époque où le monde était vu au travers de nos yeux ouverts plutôt que par l’objectif d’un appareil. Alors que les réseaux sociaux peuvent parfois nous sembler comme un labyrinthe de miroirs dont on ne s’échappe pas, le producteur préfère demeurer anonyme pour ne pas créer d’engouement superficiel de la part de l’industrie, préférant offrir une ligne directe vers sa vraie personnalité à travers l’exploration des émotions sincères de sa musique, une langue qui transcende les frontières.

Des battements future garage du titre « A Non Binary Place », aux oscillations transe des synthés du précédent single « Blue » et à l’envol exaltant de « Fear », il y a là un patchwork et un vas et vient qui culmine à son apogée au titre « Saw you », clignotement et hymne à la discrète dernière chanson de la soirée, rappelant cette révélation pleine d’espoir qui apparait lorsque que les lumières reviennent enfin. Ces échos pas tout à fait humains laissent leur empreinte, parcourant l’ensemble de l’album comme des bruits de pas sur la piste de danse, et finissent par se retrouver. Il y a une romance dans ces auto-tunes mélancoliques, un étrange bien être dans la compagnie d’inconnus, l’idée qu’il y a là-bas quelque chose de plus grand, malgré tout le reste : un monde meilleur.